Rares sont les maisons de parfum qui peuvent raconter près de deux siècles et demi d’histoire. Celle de Dorin commence dans le Paris de Louis XVI, passe par la Cour de Versailles, les théâtres parisiens et les Expositions universelles, avant de renaître à la fin du XXᵉ siècle. Voici son récit.

Des « Fards rouges et blancs » à la Cour de Versailles

Dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle, une enseigne réputée pour la qualité de ses produits de beauté, « Fards rouges et blancs », est installée rue Grenier-Saint-Lazare, à Paris. Elle devient la propriété de Marguerite Brunet, dite Mademoiselle Montansier : femme de théâtre, femme d’affaires redoutable et amie intime de la reine Marie-Antoinette.

En 1780, la reine et le roi Louis XVI décernent à la maison le titre de fournisseur de la Cour de Versailles pour la qualité de ses poudres et de ses fards. La maison fournira la Cour jusqu’à la Révolution. C’est cette date que célèbre aujourd’hui le parfum Versailles 1780.

Versailles 1780, hommage à l’année où la Maison devient fournisseur de la CourVersailles 1780, hommage à l’année où la Maison devient fournisseur de la Cour

Du théâtre à Jean-Marie Dorin

La Montansier dirige ensuite plusieurs théâtres parisiens, dont ceux des Beaujolais, du Palais-Royal et des Variétés. La maison fournit alors la plupart des troupes de la capitale et devient la référence du maquillage à Paris, à la scène comme à la ville.

Pour développer son commerce, Mademoiselle Montansier s’associe à Jean-Marie Dorin, qui finit par acquérir la maison et lui donne son nom en 1819. Chercheur infatigable, il met la science au service de la beauté : ses laboratoires comptent parmi les mieux équipés de Paris, et la devise de la Maison devient « La Beauté par la science ».

Un Air de Paris et La Dorine, deux icônes

En 1884, Hector Monin, maire du IIIᵉ arrondissement, prend la direction de la maison et lui donne une dimension internationale, jusqu’au continent américain. La poudre de riz Un Air de Paris est alors un indispensable de la Parisienne ; Dorin lance le parfum du même nom, né en 1886, qui devient la fragrance iconique de la Maison : un accord d’iris, de mandarine et de pêche blanche, avec la note poudrée qui signe ses créations. Vous pouvez le découvrir aujourd’hui dans la collection Les Classiques.

En 1893 naît la poudre La Dorine, présentée dans une boîte compacte pratique à emporter : un succès international. Le mot « Dorin » finit par désigner le rouge à lèvres aux États-Unis et la poudre blanche au Japon. Cet héritage inspire aujourd’hui la collection Les Dorines.

Un Air de Paris, le parfum iconique né en 1886Un Air de Paris, le parfum iconique né en 1886

Médailles et rayonnement mondial

À l’Exposition universelle de Paris de 1889, le jury salue « la supériorité de ces produits absolument inoffensifs ». Suivent les succès des Expositions de Moscou (1891), de Chicago (1893), une médaille d’or à Paris en 1900, puis des distinctions à Liège et à Bruxelles. La Maison est aussi l’une des premières à créer une ligne pour les hommes : Pour Monsieur.

Une belle endormie qui se réveille

Après une longue période de gloire jusqu’à la fin des années 1930, la Maison ne se relève pas de la Seconde Guerre mondiale. En 1998, la société familiale France Excellence, spécialisée dans la parfumerie fine, lui offre une nouvelle jeunesse.

Aujourd’hui, les parfums Dorin sont toujours fabriqués à la main dans les ateliers de la Maison, à Gennes, au cœur des Pays de la Loire, avec des maîtres parfumeurs français. Et à Chatou, entre Paris et Versailles, le Musée Dorin rassemble plus de 700 pièces d’archives, flacons et poudriers qui retracent toute cette histoire.

Les parfums qui racontent cette histoire

Pour vivre ce récit, commencez par Versailles 1780 et les autres Senteurs de Versailles, puis découvrez Un Air de Paris, le grand classique de la Maison. Et si la Cour vous fascine, poursuivez avec notre article sur les parfums de Marie-Antoinette et de Versailles.

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